Témoignage de Zoé, 16 ans, scoute française victime d’une agression sexuelle qui se bat désormais pour défendre les droits des femmes

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by World Scouting from Malaysia
Publication date: 16th Mar 2018
Creator: World Scouting

Zoé de Soyres a attiré l'attention du public en janvier dernier lorsque cette jeune française a gagné le Concours de plaidoiries des lycéens, qui s’est déroulé le 26 janvier 2018 à Caen. Pour cet évènement, elle avait décidé de s’exprimer sur le sujet des violences sexuelles. C’est un sujet qui tenait à cœur à la jeune femme car malheureusement, comme de nombreuses autres personnes, Zoé a été victime d’une agression sexuelle. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, elle décide de prendre la parole et raconter son histoire pour défendre les droits des femmes et encourager les autres victimes à sortir du silence. À seulement 16 ans, Zoé cumule tout de même ses études, sa lutte contre les violences sexuelles, son engagement dans une association d’aide pour les migrants, et le Scoutisme  ! Elle est caravelle chez les Scouts et Guides de France en Seine-Maritime.

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, l’Organisation Mondiale du Mouvement Scout s’est intéressé à l’histoire de Zoé, qui reflète parfaitement les valeurs du Scoutisme à travers la lutte pour les droits des femmes et le combat contre les violences sexuelles. Le Bureau Mondial du Scoutisme à Kuala Lumpur a donc pu entrer en contact avec Zoé, et avoir la chance de lui poser quelques questions par conversation téléphonique. Malgré ses déplacements actuels à l’étranger, Zoé s’est montrée très complaisante et coopérative à l’idée de participer à notre entretien. Nous la remercions donc pour sa contribution et pour tout ce qu’elle fait chaque jour. Voici ce qu’elle nous a partagé :

1. Peux-tu nous en dire plus sur ton expérience en tant que scoute  ? As quel âge as-tu commencé le Scoutisme  ? Au sein de quel groupe  ? Ce qui t’a le plus marqué  ?

Zoe Scouting

J’ai commencé le Scoutisme à l’âge de six ans, en rejoignant les Farfadets, c’est l’unité qui accueille les plus jeunes enfants en France. Depuis que j’ai commencé, je suis toujours restée dans le même groupe, le Groupe Roland Pierre à côté d’Étretat. Ce groupe fait partie de l’association des Scouts et Guides de France. Beaucoup de choses m’ont marquées au sein du Scoutisme, mais ce que je retiens le plus sont la camaraderie, les camps, et plus particulièrement les veillées. J’adore cette ambiance festive, amicale et à la fois mystérieuse.

2. En janvier, tu as partagé ton histoire d’agression devant plus de 3000 personnes, c’est très courageux, qu’est ce qui t’as encouragé à le faire ?

J’avais déjà essayé de participer au Concours de plaidoiries des lycéens l’année dernière avec un thème différent. Cette année, j’ai retenté ma chance mais cette fois-ci, avec le traumatisme de l’agression sexuelle que j’avais subie, le choix du sujet m’a paru évident. J’avais là quelque chose qui me touchait personnellement à dénoncer, à combattre. J’ai donc profité de l’évènement pour diffuser mon message au plus de personnes possibles. Pour ne pas m’adresser seulement aux 3000 personnes qui étaient présentes devant moi, mais aussi au monde entier.

3. Qu’est-ce que l’on ressent lorsqu’on parle en public d’une expérience aussi terrible ?

Je dirais que le plus difficile n’est pas de le faire, mais de prendre la décision de le faire. Le travail psychologique en amont a été difficile, d’abord choisir de raconter mon histoire, oser révéler mon secret a été une énorme prise de tête. J’avais un peu peur de la réaction des gens car ce sujet reste un tabou en France. Est-ce que mes proches étaient prêts à entendre mon histoire  ? Est-ce que leur regard envers moi allait changer  ? Les questions se sont enchainées sans cesse avant de pouvoir dire «  allez, j’y vais  ! ». Ensuite, penser que j’allais devoir m’exprimer devant plus de 3000 personnes, sans me mettre à pleurer, sans perdre mes moyens, m’a quand même pas mal angoissée. Au final, j’avais tellement travaillé le texte (qu’elle a d’ailleurs rédigé entièrement toute seule) que c’était devenu quelque chose de naturel, et c’était plus facile.

4. Comment est-ce que tes proches et les gens en général ont réagi à propos de cette initiative ?

Zoe Scouting

Mes proches ont très bien réagi, ils ont été tous très bienveillants, admiratifs et j’ai reçu beaucoup de soutien. J’ai compris que j’avais fait le bon choix et ça m’a donné beaucoup de force. C’est à partir de là que j’ai pu recommencer à regarder l’avenir avec optimisme et à sortir de cette spirale infernale de honte et de dégoût de moi-même. Quant aux autres personnes, elles ont généralement été choquées, car les gens ont surtout retenu mon agression plutôt que le fait que j’ai gagné le concours. Suite à l’évènement, de nombreux inconnus m’ont contacté sur les réseaux sociaux pour me dire qu’ils ont vécu la même chose que moi et pour en parler ensemble. Il m’est même arrivé d’être interpellée dans la rue par des gens qui voulaient me féliciter pour avoir osé prendre la parole sur un tel sujet. J’ai trouvé ça incroyable  car je n’étais pas du tout préparée à cela !

5. Penses-tu que d’en parler ouvertement au monde entier t’as aidé à surmonter ce qui t’est arrivé ?

Oui, cela m’a permis de transformer cette expérience terrible en quelque chose de bénéfique. Le fait d’en parler ouvertement de cette manière peut aider d’autres personnes qui sont dans le même cas que moi. Si j’avais gardé cette histoire pour moi, je n’aurais jamais pu relever la tête et cela aurait fini par me détruire. Aujourd’hui, même si j’en souffre toujours, je me sens libérée d’un poids et c’est encourageant de voir le retour des gens. Certaines personnes viennent vers moi pour me dire qu’elles sont dans le même cas que moi, qu’elles n’ont pas osé en parler pendant des années, mais que grâce à mon histoire qui les a inspirés, elles veulent prendre la parole à leur tour. C’était inattendu et pour moi, c’est très positif, ça m’a donné de l’élan pour aller plus loin dans mon combat.

6. Pendant ton discours, tu as évoqué certaines initiatives ou actions qui pourraient être prises pour lutter contre le problème des agressions sexuelles, peux-tu nous en dire plus  ?

Selon moi, le véritable problème vient de l’éducation. Il faut davantage sensibiliser les jeunes à l’école au problème des violences sexuelles, ce serait un énorme pas en avant. À part quelques vagues cours d’éducation sexuelle au collège où nous parlions seulement de contraception, nous n’avons jamais évoqué ce thème. Il faut éduquer au respect du corps d’autrui car de nombreuses personnes n’en ont pas conscience dans notre société actuelle. Ce sujet reste un tabou, il y a donc peu d’occasion de l’aborder dans le cercle familial et la plupart des jeunes sont finalement livrés à eux-mêmes. En s’adressant à tous, de la même façon, pour moi l’école est le meilleur endroit pour aborder ce sujet.

7. Selon toi, comment est-ce que les récentes campagnes #metoo à l’échelle mondiale ou #balancetonporc en France ont-t-elles aidé à augmenter la sensibilisation quant aux agressions sexuelles ?

Je pense que cela est une bonne chose, ces campagnes permettent de libérer la parole de nombreuses victimes restées longtemps dans le silence et de sensibiliser l’opinion publique. Cependant, je n’ai pas entendu parler d’actions concrètes en ce qui concerne la loi et les législations. Je ne sais pas si la société est vraiment prête à écouter et à agir pour traiter ces problèmes. On ne se rend pas compte mais cette terrible expérience arrive a plus de femmes que l’on ne l’imagine, environ 20% des femmes en France sont victimes d’agressions sexuelles.

Zoe Scouting

8. Dans ton cas, comment s’est déroulée l’affaire  après ce qui t’es arrivé ? As-tu eu le soutien nécessaire dont tu avais besoin  ?

Un des principaux problèmes dans un cas d’agression sexuelle comme la mienne, c’est le rôle de la justice française pour traiter l’affaire. La plupart du temps, l’affaire dure des années, et cela est très difficile psychologiquement pour les victimes. De plus, la parole de la victime est souvent remise en question alors que celle de l’agresseur ne l’est pas tellement. De ce fait, la plupart des victimes n’osent même pas porter plainte et restent dans le silence. Malheureusement, tout cela est une question de mentalité et ça prendra des années pour que la situation change. La justice doit agir plus rapidement et la honte doit changer de camp.

9. Quels conseils donnerais-tu à d’autres personnes ayant souffert d’agressions sexuelles  ?

Je pense que le plus important c’est d’en parler, au moins à une personne. D’une part, partager leur histoire les aidera à surmonter la souffrance, il ne faut absolument garder cela pour elles, car cela peut les détruire de l’intérieur et c’est horrible. C’est une des choses que m’a apprise mon expérience, dans ces cas-là, le silence prolonge la souffrance. D’autre part, cela aidera au niveau sociétal, pour faire évoluer les mentalités. Peut-être qu’un jour nous pourrons faire disparaitre totalement ce problème si nous agissons de manière collective. Pour se reconstruire, la parole est essentielle. Si tout le monde s’unit, si les victimes se rassemblent, nous pouvons faire avancer les choses.

10. En quoi le Scoutisme t’a aidé à faire face à ce qui t’est arrivé, et aussi à être capable de monter sur scène et de raconter une telle expérience devant des milliers d’inconnus ? Penses-tu que le Scoutisme t’a apporté la force nécessaire  pour cela  ?

Pendant toutes ces années en tant que scoute, j’ai tissé des liens d’amitié très forts et très sincères avec certaines personnes. Quand j’ai subi cette agression sexuelle, c’est vers ces amies que je me suis confiée en premier, j’ai vraiment pu compter sur elles. Je me suis sentie soutenue par mes chefs avec qui j’ai partagé cette épreuve et je les remercie. J’ai bien ressenti ces valeurs d’entraide qui animent le Mouvement. Et puis je crois que le Scoutisme m’a donné une grande confiance en moi. J’ai appris à agir par moi-même, pour moi et pour le bien-être général. J’y ai compris qu’il ne fallait pas rester spectateur de sa vie. Tout le monde peut agir, chacun à son niveau pour faire avancer les choses. Même si ce sont de toutes petites choses, il faut oser faire sa part. Et tout ça mis bout à bout, cela donne une force collective qui pèse. Finalement cette plaidoirie, c’est une application concrète de ce que j’ai appris au sein du Mouvement Scout.

Crédit photos : David Commenchal / Le Mémorial de Caen

Vidéo de la prise de parole de Zoé de Soyres lors du Concours de plaidoiries des lycéens, le 26 janvier 2018.
Source : France 3 Normandie

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